Innover, c’est essayer

Pour innover, il faut réaliser des essais ce qui n’exclut pas la possibilité de rencontrer des erreurs. Il est nécessaire de réaliser des tests pour juger de la faisabilité et de la viabilité d’une idée, d’un nouveau business modèle. Les résultats ne sont donc pas, par définition, prévisibles.

L’échec et sa connotation négative

Selon les secteurs d’activité, les cycles d’innovation sont plus ou moins longs et chaque année qui passe apporte son lot d’innovations. Dans ce contexte évoluant sans cesse, le danger serait de ne pas identifier à temps les tendances qui se dessinent et qui pourraient s’inscrire dans nos modes de vie. Avec le recul, on constate que de nombreuses entreprises ont connu l’échec par peur d’innover, comme Kodak face à l’émergence du numérique.

Une peur paralyse parfois les décideurs qui voient l’échec avant de voir le potentiel de réussite, l’innovation constitue alors un risque contre lequel il est préférable de jouer la sécurité. Mais si le risque était de ne pas tenter d’innover ?

Essayons justement de requalifier cette notion.

La vision de l’échec selon la culture d’entreprise

Il serait intéressant que les dirigeants d’entreprise redéfinissent l’évaluation de la performance de leur processus d’innovation. En effet, les tentatives échouées peuvent démontrer un fort dynamisme du processus d’innovation bien que les démarches n’aboutissent pas. L’échec pourrait alors être défini comme le manque de réactivité volontaire face à une nouvelle tendance qui a pourtant été identifiée comme ayant un potentiel de développement.

Culture dans la Silicon Valley

Dans les diverses régions du monde, l’échec n’est pas perçu du même œil. Prenons un cas d’école : la Silicon Valley. Dans cette région, les entrepreneurs et investisseurs considèrent un échec comme un apprentissage permettant d’éviter de renouveler les mêmes erreurs. Selon Jean-Louis Gassée, haut dirigeant d’Apple dans les années 1980, « L’échec fait partie intégrante de la Silicon Valley. C’est même une raison de son succès ». Elle s’est construite sur le mythe que les entrepreneurs sont déterminés, persévérants et capables de rebondir et d’apprendre de leurs erreurs. Tel a été le cas de Johnny Chin, entrepreneur, fondateur de Bannerman qui a vu ses quatre premières startups survivent seulement quelques mois. « Mes échecs ont constitué un apprentissage », explique-t-il.

Le taux d’échec des startups peut donner le vertige pourtant il est considéré par beaucoup comme un mal nécessaire pour favoriser l’innovation. En acceptant les échecs, la Silicon Valley « ne décourage pas les entrepreneurs d’essayer quelque chose de novateur, n’ayant jamais été fait avant », indique l’ancien responsable d’Apple. « Ici, les entrepreneurs ont la permission d’essayer », ajoute-t-il. Comme de ne pas réussir par conséquent.

Les investisseurs appréhendent plutôt le fait de laisser passer un « gros coup » qui pourrait à lui seul rapporter plus que les pertes accumulées ailleurs. Dans la Silicon Valley, cette crainte est ainsi nommée « Fear of missing out » (FOMO).

Il faut toutefois émettre quelques objections à la culture de la Silion Valley selon Pascal Finette, Chaire d’Entrepreneuriat et d’Open Innovation de la Singularity University, « Vous n’apprenez pas tant que cela d’un échec. Cela donne seulement des indications sur une approche qui n’a pas marché. »

Paul Schoemaker, professeur à Wharton, explique pourquoi l’une des conditions nécessaire à l’innovation en entreprise est une culture d’entreprise capable d’accepter les échecs. Il démontre son concept en s’appuyant sur le fait que de nombreuses sociétés ayant réussi mondialement sur le terrain de l’innovation disruptive, ont également supporté de fortes déroutes notamment sur le plan commercial. Avec du recul, ces déconvenues ont été essentielles à la naissance de projets ultérieurs réussis. Tout repose sur la culture de l’entreprise.

Et les exemples sont nombreux.

Travis Kalanick, fondateur de Uber en 2009, a vu sa première startup faire faillite en moins de deux ans et sa deuxième entreprise n’a jamais prospéré ou brillé. Nick Woodman, créateur des caméras GoPro, a également connu deux échecs notamment lors de l’éclatement de la bulle internet. Reid Hoffman, créateur du célèbre réseau LinkedIn et membre fondateur de PayPal, avait déjà conçu un réseau social, sans grand succès.

Outre les premiers échecs, certaines entreprises ont volontairement décidé de prendre un virage radical en changeant d’activité. Qui aurait cru que le site de partage de photos Flickr et la messagerie Slack étaient initialement des développements pour des jeux vidéos ? On peut reprendre aussi l’exemple de PayPal qui à l’origine était un service de transfert de données entre assistants personnels avant de devenir un service de paiement en ligne.

Persévérance et effets d’apprentissage

Il faut comprendre que la réussite d’un projet ou d’une startup ne dépend pas seulement des caractéristiques intrinsèques de l’équipe et de leurs idées, il s’agit également d’une question de timing, de maturité du marché ou encore de chance.

Selon Johnny Chin, il faut analyser l’innovation comme étant « […] une expérience, comme pour un scientifique. Peut-être que la prochaine fonctionnera. » « Mais le plus important, c’est la gestion du stress, ajoute-t-il. Cela peut faire la différence entre un entrepreneur qui réussit et un entrepreneur qui échoue. »

L’innovation recouvre une réalité compliquée : elle demande de la persévérance. L’échec doit être vu comme une leçon à apprendre qui peut alimenter le terreau des succès ultérieurs à condition que l’on soit prêt à entendre et corriger ses erreurs et ses faiblesses.

La Harvard Business Review a publié en 2008, une étude intitulée « Performance Persistence in Entrepreneurship », qui montrait qu’aux Etats-Unis le taux de succès des entrepreneurs ayant déjà lancé une entreprise avec succès était de 30%, ce taux descendait à 20% s’ils ont échoué dans une entreprise précédente. Enfin, le taux de succès chute à 18% s’ils n’ont jamais eu d’expérience similaire auparavant.

Finalement, dans l’histoire, certains échecs ce sont malgré tout, avérés rentables. L’entreprise BIC en a été témoin alors qu’elle lançait des parfums bon marché qui se sont révélés être un échec. BIC a malgré tout su tirer profit des usines en sa possession et des brevets qui couvraient la fabrication de vaporisateurs innovants.


À la Fabrique à Innovations nous défendons cela avec notre solution Campus : chaque proposition a sa place et une finalité qui lui est propre, le tout étant d’essayer, et de capitaliser sur le savoir acquis en cas de succès comme en cas d’échec.

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