Apprendre à travailler ensemble

Depuis notre enfance, nous avons été éduqués à la recherche de performances individuelles. Il en devient donc difficile de favoriser le collectif et la recherche de performances collectives.

Les écoles sont depuis toujours soumises à l’élaboration d’un carnet de suivi des apprentissages afin d’évaluer le progrès des jeunes élèves. En effet, durant tout le cycle élémentaire, les enseignants sont contraints de compléter ce carnet des compétences acquises. Cependant depuis 3 ans, ces carnets contiennent de nouvelles références aux apprentissages collectifs à l’exemple de « échanger et réfléchir avec les autres », « collaborer, coopérer, s’opposer » pour une majorité de compétences individuelles. Cette évolution reste timide si l’on établit le parallèle avec la Finlande qui, depuis 1968, a bouleversé ses principes éducatifs afin de faire face aux nouveaux enjeux actuels.

En France ou dans les pays industrialisés, nous cherchons généralement à être les meilleurs sur le plan individuel plutôt que de chercher la réussite collective. Selon des chercheurs américains, les salariés seraient amenés à refuser l’aide d’un collaborateur pour ne pas perdre en autonomie, pour protéger leur image, ne pas se sentir redevable de l’autre, ne pas faire face à l’incompétence de son collègue ou encore par manque de confiance dans les motivations de ce dernier. Les salariés préférant se débrouiller seuls plutôt que de collaborer, sont nombreux… les systèmes d’évaluation individuelle de certains managers n’arrangeant rien au phénomène.

L’avenir est collectif

Pour autant des recherches ont montré que notre avenir sera tourné vers le collectif. En effet, le Forum Economique Mondial a annoncé que d’ici à 2020, le travail collectif serait l’une des cinq compétences clés des entreprises. Depuis 2016, les français ont développé une nouvelle représentation du collectif en entreprise et considèrent « qu’il est désormais impossible de s’en sortir seul face à l’ampleur et à la globalité des dysfonctionnements du système ».

Le paradoxe est donc bien présent entre un besoin croissant de coopération et la difficile mise en place de moyens, d’outils pour y répondre. Ce paradoxe peut en partie être expliqué par cette norme de la compétition que nous subissons depuis notre plus jeune âge. A l’inverse, s’il y a bien un milieu qui a su s’adapter, c’est le milieu naturel qui possède cette habilité constante en comprenant que la compétition n’était que temporaire surtout lorsqu’il y a un enjeu de domination sociale ou de survie à la clé. Car, si la compétition perdure, cela peut entrainer l’extinction de l’espèce.

La coopération est un construit social

Mais comment supprimer les réticences et jouer collectif ? Dans nos interactions humaines complexes, la coopération ne peut être une obligation. Collaborer impose un moteur, le désir de partager mais également des moyens à disposition. Il faut dépasser le seul instinct de survie et déployer de réelles compétences émotionnelles pour construire cette relation de façon durable. Pour la construire, il ne faut pas se sentir menacé par l’autre. Le partage de connaissances, d’informations stratégiques existe déjà au sein des entreprises mais ces dernières ont tout intérêt à multiplier d’autant plus le partage afin d’apprendre de façon continue avec les autres et de capitaliser sur ses propres connaissances. En alignant les intérêts collectifs et individuels, les entreprises seraient alors dans une logique de « coopétion » autrement dit une compétition-coopération avec divers acteurs.

Il faut toutefois rester vigilant à l’effet pervers du travail collectif qui est la paresse sociale, phénomène définit par la réduction de l’engagement à mesure que le nombre de participants à la réalisation d’une tâche augmente. Selon le théoricien de ce phénomène, Maximilien Ringelmann, chaque individu s’autoriserait à diminuer ses efforts individuels pensant que le groupe souhaitera maintenir un effort collectif constant. Il parait donc intéressant de collaborer tout en ayant un système de suivi des projets de l’équipe afin de contrer cet effet pervers.

Les obstacles au travail collectif

Il est également important de mettre en avant que le conformisme entre individus soit susceptible d’augmenter avec la taille du groupe dont un collaborateur fait partie. Selon Sigmund Freud dans « Psychologie des masses et analyse de moi », l’individu perd de sa capacité à prendre de la distance avec le sujet , plus un groupe est unanime. Et plus les équipes travaillent régulièrement ensemble, plus les résultats qui en résulteront seront similaires d’une période à une autre. Il faut être vigilant à l’effet « qui se ressemble, s’assemble » qui peut supprimer tous les avantages du travail collectif à savoir les contradictions et l’esprit critique.

C’est tout notre système éducatif et d’apprentissage qu’il faut recentrer autour de l’interactivité, de la collaboration afin de répondre aux enjeux qui sont et qui seront les nôtres d’ici peu. A l’ère où nos technologies commencent à développer une intelligence sociale, tâchons d’apporter une plus-value humaine et inventive à nos projets en passant par le travail collectif.

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